L'écriture

Je, Jackie est le fruit de mes tous premiers écrits.

Adolescent, je veux écrire, être poète. J’imite Victor Hugo, mal ; Saint Paul Roux, pire. Et alors que j’essaie de copier Rimbaud, je reçois une lettre de ma grand-mère. Sur un papier publicitaire, elle a écrit dans tous les coins un patchwork de phrases, passant d’un sujet à l’autre. C’est son habitude de nous écrire un flot de phrases sans queue ni tête sur des bouts de papiers, d’enveloppes ou de tracts. Habituellement, exaspéré, je ne prends même pas la peine d'ouvrir. Mais ce jour-là, je lis et je trouve ça beau. Enervant, mais beau.

J'essaie de l’imiter par association d’idées. J’ai l’impression désagréable - coupable - d’emprunter le chemin qui mène à sa folie - ma grand-mère ayant été internée plusieurs fois en hôpital psychiatrique... Les premières fois, j’en sors épuisé.

De ce flot de mots qui surgissent jours après jours, naît un personnage que j'appelle tantôt Jacky, tantôt Jackie. Il exprime toute la violence que je contiens si bien en société. C'est mon défouloir, mon putching-ball, mon vide-ordure, mon trop plein... Il-elle est cruel-le, violent-e, sadique, indécent-e, vulgaire...

A 28 ans, je brûle ces textes que je juge trop durs. Mais l’autodafé ne sert à rien, ils reviennent 10 ans plus tard.  Si je ne suis pas sûr que ce soient les mêmes, c’est au moins la même source, la même violence. Mais qu’en faire ?

Lorsque Jeanne Videau me demande de les dire sur scène, je refuse. Pourquoi donner ça au monde ? Il a fallu la découverte des textes des fous de Saint-Alban, pour que cela prenne un sens : si je m’autorise à dire en public ces textes qui n’étaient pas prévus pour la scène, comment refuser à d’autres d’y amener les miens ?

J'ai écrit le texte final avec la complicité de Jeanne Videau, Marie-Charlotte Biais et Jérémie Scheidler. C'était en janvier 2013, lors d'une semaine de résidence au théâtre du Tracteur, à partir d'improvisations scèniques et d'échanges sur le fond et la forme.

Aucun commentaire: